Du 17/03/2025 au 16/04/2025
Le lien de Tony Morgan avec l’Amérique - que l’on doit entendre comme les Etats-Unis -, comprend plusieurs aspects, au cours du temps, que j’associerais à une question d’identité. Une identité « non américaine » ; pas anglaise, ni forcément nationale non plus, mais à la fois humaniste et sans doute, européenne, au sens des lieux où il a vécu et qu’il a investis.
Lorsque Tony Morgan propose le concept des expositions « Between » à la Kunsthalle deDüsseldorf en 1969 – un espace d’intervention artistique, en présence du public et entre deux expositions « officielles » qui existera durant 5 ans -, il revendique, avec les artistes de cette jeune scène active et progressiste, une place et la reconnaissance de leur travail, face à ce qu’ils considèrent comme une forme d’hégémonie de l’art minimal américain[1]. Il s’agit là sans doute d’un premier positionnement « culturel » qui n’est pas à comprendre comme une défiance, mais comme un ancrage. Plus tard, la première guerre du Golfe (1991), emmenée par les Etats-Unis, avec l’émergence d’un discours politique clivant, et une vision du monde binaire, le conduira à explorer, jusqu’à son décès, cette question-affirmation d’une identité« non américaine ». Être blanc, parler anglais ne sont pas suffisants pour être des « mêmes ».
Dans un carnet de croquis de 1996, débuté au cours d’un voyage en janvier à Naples, apparaissent ainsi les premières versions de «I am not American ». Traduites dès la même année en peintures de mots[2], puis dans une performance filmée dans la Statue de la liberté (John Halpern, 1996), ainsi que plus tard dans des estampes (2000).
« I am not American » s’inscrit, comme le montrent les autres croquis de ce carnet, dans une manière plus large de se positionner, d’interroger le monde, l’art, son rôle et celui de l’artiste et la façon de le pratiquer. Cette affirmation est aussi, simultanément, une interpellation adressée à celui ou celle qui regarde, comme dans ses performances ou son théâtre (« The Idiots »).
Ce n’est ni la première fois que l’œuvre présentée dans la Vitrine résonne de toute son actualité, ni que Tony Morgan nous invite à examiner notre rapport au monde, à partir de son propre prisme. Et sans (aucun) doute cette œuvre fait-elle écho à mon identité.
[1] Voir aussi Chronik einer Nicht-Austellung – Between 1969-1973 in der Kunsthalle Düsseldorf, RenateBuschmann, Reimer Verlag, 2006
[2] Somewhere between, catalogue d'exposition Galerie Foëx (Genève) etGalerie Karol Johnssen (Münich), More or Less Editions, Genève, 1998.
À propos de Christine Serdaly Morgan
J’ai eu la chance de vivre quelques 16 années avec Tony, et d’apprécier son urgence à vivre ici et maintenant, tout en visitant des époques que notre différence d’âge ne m’avait pas permis de connaître. Résolument européen, avec son réseau d’amitiés fortes, fondées sur des réalisations et des lieux créés avec eux, jamais nostalgique, souvent en rébellion contre la marche du monde, des institutions, de l’argent, il était toujours en mode projet - y compris celui d’être père - jusqu’aux derniers jours, dans son lit d’hôpital, un appareil photo à la main. Cette énergie, couplée à l’usage libre du medium juste, est extrêmement présente dans son œuvre, et donne en retour un plaisir et un intérêt à cheminer avec son travail et à le donner à voir.
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