06/11/2024
Dans l’article " Plat du jour " qu’il rédige pour le catalogue "Mais qui diable est donc Herman? "1, Tony Morgan décrit Spoerri comme celui "qui a mis sens dessus dessous ma vie de jeune sculpteur anglais en puissance. C’était Daniel Spoerri, dont la cuisine s’adossait à mon atelier. Je l’invite à visiter mon studio. Et il trouve mes sculptures très propres. Remarque fort irritante qui pénètre alors mon être et y laisse tout un foutoir … ". Foutoir fécond et discussion qui se prolonge par une collaboration sous la forme d’un film. Voilà ce qu’en dit Spoerri: "Le film commence dans la salle de bain de Tony Morgan, avec les Beatles, il continue avec un steak « décuit » rendu pour de l’argent, les Variations Goldberg et la renaissance (résurrection) d’une vache. Le film était la conséquence d’une discussion enfiévrée à propos de l’esthétique anglaise de la propreté et celle, française, de la merde ".
Spoerri donne à ce trajet burlesque et inversé d’un morceau de viande, qui retourne des toilettes à la vache dans le pré, le titre de " Resurrection ". Tony Morgan l'a plus souvent appelé " Beefsteak ", sans doute plus profane, peut-être aussi moins provocateur, mais que Spoerri trouve trop trivial et contre l’esprit Fluxus.
Cet humour un peu scatologique qui lie art et vie, le goût pour la provocation, sont aussi présents dans « Double happening » que réalise Tony Morgan, et où Filliou et Emmett Williams, aux toilettes de l’Académie de Düsseldorf, attendent que quelqu’un leur demande ce qu’ils font là, pour répondre qu’ils tournent un film !
Fondateur du nouveau réalisme, Spoerri est l’inventeur du « Eat-Art » œuvres et actions liées à la nourriture et nos habitudes alimentaires, et " Resurrection ", réalisé avec Tony Morgan, s’inscrit pleinement dans ce courant.
1 Who the Hell is Herman, anyway?, catalogue d'exposition, Mamco, Editions Qui Quand Quoi, Genève, 2003